Réinventer la fête du Feuillu
ou comment réactiver les cultures historiques alpines
reliant les végétaux et les eaux
Dans l’arc alpin, depuis la nuit des temps, les communautés des différentes vallées fêtent le retour du printemps et de la fertilité. L’une des formes récurrentes prise par ce rituel est ce qu’on appelle « la fête du Feuillu ». Les hommes se déguisent en arbres, les femmes mettent des couronnes de fleur, et les enfants circulent en calèche de village en village.
Comme tout rituel, cette fête immémoriale et territorialisée, nous informe sur des liens profonds entre les lieux, les saisons et les enjeux de subsistance. Dans le cadre de notre recherche-création, il nous est vite apparu que la question des forêts – et de ses liens avec les eaux – était centrale dans la région lémanique.
Nous avons donc voulu réinventer à notre manière cette fête du Feuillu en voie d’extinction – en la teintant explicitement de notre imaginaire politique biorégional (à la fois contre-culturel et émancipateur).
– première fête du Feuillu à la Jonction (Genève), le 3 mai 2025 –
Avec l’aide de plusieurs collectifs amis (d’artistes et de chercheu·ses), nous avons donc imaginé une déambulation théâtrale autour de la Jonction, à Genève – lieu de confluence entre le Rhône et l’Arve.
Depuis le bois de la Bâtie jusqu’au pont de Sous-terre, en longeant les ripisylves des deux rives, nous avons tenté de raconter l’histoire de la disparition progressive des forêts lémaniques et de combien cela perturbe les cycles de l’eau.
On le sait depuis longtemps (et c’est de mieux en mieux documenté par la science), les forêts sont des éponges qui favorisent les pluies et retiennent l’eau dans les territoires.
En inventant notre propre figure du Feuillu, propulsée à la rame par les Pontonniers de la Jonction, nous avons voulu interpeller sur l’importance de recréer des forêts pérennes et diverses – et, plus encore, de sauver les quelques rares forêts qui survivent dans les marges de nos mondes urbanisés et abîmés.
Rendez-vous le 9 mai 2026 sur l'île de la Jonction (Genève) pour la 2e édition de la fête du Feuillu biorégionale du collectif Hydromondes !
imaginés pour la fête du Feuillu
© Hydromondes, 2025
"Avez-vous déjà tenté de ressentir un bassin-versant à l'échelle de vos mains ?
Un panier par exemple – pour prendre l’objet le plus commun de la vannerie – est une forme signifiante forte.
Tresser les végétaux, c’est apprendre à les (re)connaître et à (re)connaître leurs lieux de vie.
Il y a le temps de la récolte – présence aux paysages, et arpentage, souvent au fil de l’eau. Il y a le temps de la préparation – écorcer, faire bouillir, sécher, trier, enrouler... Il y a le temps du tressage – tremper les végétaux dans l'eau, à nouveau, pour leur rendre leur souplesse.
Et puis pratiquer la vannerie à plusieurs permet de partager des gestes et des histoires ; des savoirs qui nous relient à nos places habitantes.
En suivant un fleuve, de sa source à son embouchure, en parcourant ses sources cachées dans les forêts et ses marais salants, nous pouvons – par la vannerie – tresser ensemble l’amont et l’aval.
Et reconnaître ainsi, littéralement et par nos gestes mêmes, les liens dessinés par la chevelure de tout un bassin-versant."
Claire Chassot, artiste-vanneuse, membre d'Hydromondes, 2025.